Alors que la communauté éducative camerounaise est suspendue aux réponses du gouvernement face aux revendications structurelles portées par le Collectif des Organisations des Enseignants du Cameroun (C.OR.E.C), le Ministère des Finances (MINFI) a publié, ce 02 avril, un communiqué détaillant l’état d’avancement du paiement des rappels salariaux dus aux enseignants. Si cet effort de régularisation est pris en compte, le C.OR.E.C., dans une réaction rapide, a tenu à recadrer les enjeux, soulignant le décalage entre ce bilan comptable et l’impérieuse nécessité de refonder l’école camerounaise.
Une Dette Historique, Suivie de Près par les Syndicats
Le communiqué du MINFI ne fait ainsi que rendre public un état des lieux déjà connu et suivi de près au sein du comité interministériel chargé du suivi de la mise en œuvre des prescriptions du Chef de l’État relatives aux revendications des enseignants, instance officielle où siègent les représentants des organisations syndicales, dont le SNAES. C’est précisément dans ce cadre institué, et en vertu de leur devoir de redevabilité envers la base enseignante qui leur a fait confiance, que les syndicats participent depuis des mois au suivi minutieux de l’apurement de cette dette historique, session après session. Loin d’être une révélation ou une faveur, l’ampleur des chiffres aujourd’hui officialisée confirme surtout l’étendue du mépris et de l’oubli passés dont le corps des éducateurs a été victime de la part du gouvernement de la République.

Le C.OR.E.C, tout en prenant acte de ces paiements qui constituent un dû légitime pour les enseignants concernés, souligne avec force dans sa réaction que “cet apurement concerne une dette historique” et ne saurait être confondu avec une réponse aux défis actuels.
Ne pas se Tromper de Combat : Les Enjeux Sont Ailleurs
Face à ce qui pourrait apparaître comme une tentative de diversion ou, a minima, une communication au timing maladroit, le C.OR.E.C met en garde la communauté éducative et l’opinion publique. Le collectif insiste : “Le paiement des arriérés n’est pas une réponse aux revendications actuelles”. Ces dernières, cristallisées dans le préavis de grève déposé le 19 mars dernier, visent une “transformation profonde et systémique de l’éducation” et une “revalorisation structurelle de la profession enseignante”.
Comme le détaille sans concession le “Manifeste des Enseignants du Cameroun pour une Éducation Transformative“, largement soutenu, le système éducatif est en crise profonde : obsolescence, sous-financement chronique, inadéquation aux besoins du pays et du siècle, précarité enseignante endémique. “Le paiement des rappels ne résout aucun de ces problèmes structurels,” martèle le C.OR.E.C.
L’Urgence : Des Actes Concrets sur les Revendications Fondamentales
La mobilisation actuelle, portée par le C.OR.E.C, ne faiblit pas et reste focalisée sur l’obtention d’actes concrets et immédiats concernant six exigences clés : la tenue du Forum National de l’Éducation, l’adoption d’un Statut Spécial revalorisant, une Convention Collective pour le privé, la régularisation des “travailleurs des parents”, la nomination effective des Animateurs Pédagogiques, et l’amélioration des conditions de travail et de paiement liées aux examens (OBC).
Le C.OR.E.C. se dit ouvert au dialogue, mais “uniquement sur la base d’actes concrets et mesurables concernant ses six revendications”. La publication d’un bilan comptable, si nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de réponse politique à l’heure où l’avenir de l’école et, par-delà, celui de la Nation, est en jeu.
Faute de signaux forts et d’engagements tangibles du gouvernement sur ces points précis avant le 21 avril, date de reprise du troisième trimestre, le C.OR.E.C confirme le maintien de son préavis de grève “ÉCOLE MORTE”.
L’heure n’est plus aux atermoiements, ni aux communications en décalage avec la gravité de la situation. Il est temps que le gouvernement apporte des réponses concrètes aux questions structurelles qui détermineront si le Cameroun peut véritablement aspirer à l’émergence par son capital le plus précieux : sa jeunesse et ceux qui la forment. L’action résolue pour sauver l’école camerounaise est une urgence nationale.
Roland ASSOAH ETOGA / SG Exécutif du SNAES