JOURNEE MONDIALE DES ENSEIGNANT(E)S 2018

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« Le droit à l’éducation de qualité, c’est aussi le droit à un personnel enseignant qualifié.»

Message du SNAES

En cette année 2018, la Journée Mondiale des Enseignant(e)s nous interpelle tout spécialement sur le droit à une éducation de qualité. Cette interpellation coïncide au Cameroun avec deux faits majeurs.
Dans de nombreuses régions de notre pays, il n’est guère plus possible pour des milliers d’enfants d’exercer leur simple droit à l’éducation. L’incapacité des hommes politiques à répondre par un dialogue véritable et inclusif aux crises de l’évolution de ce pays a transformé nos régions anglophones en déserts éducatifs depuis plus de deux longues années, et progressivement en un inutile et coûteux champ de guerre civile.
Sur un autre plan, nous voici face à une rentrée scolaire au cours de laquelle les contenus des manuels mis à la disposition des plus jeunes, élaborés avec une évidente légèreté qui ne peut être que blâmable, font scandale et suscitent interrogation et désarroi. Depuis des années, la question de la qualité du manuel scolaire se pose au Cameroun sur un mode de plus en plus aigu, sans susciter de réponse adéquate. Le problème de la qualité de l’éducation prend dans le contexte actuel la plénitude de son sens parce que, sans doute pour la première fois depuis longtemps, il implique celui de la qualité de la société dans laquelle nous vivons et allons vivre dans les prochaines années : une société en partie illettrée de rescapés de guerre, en partie déstructurée par toutes sortes de déviances comportementales.
Toutes ces dernières années, nous n’avons cessé de le répéter : « l’éducation, si elle n’est de qualité, peut être plus dangereuse qu’une absence d’éducation ». En ce 05 octobre 2018, nous devons ajouter à cette vérité qu’il n’y a pas d’exercice véritable du droit à l’éducation quand l’éducation n’est pas de qualité et que, lorsque pour une raison ou une autre l’éducation progressivement devient déformation, il y a proportionnellement violation du droit à l’éducation. Lorsqu’un outil incontournable comme le manuel scolaire met à la disposition de millions de jeunes des contenus inadéquats, dangereux pour la sécurité, la santé et finalement la survie morale et physique de la société, il ne peut s’agir que d’un suicide collectif programmé, consenti, mis en place activement ou passivement. Aussi disons-nous clairement que les manuels scolaires doivent être au-dessus de tout soupçon parce que de leur conception à leur consommation en passant par leur production et distribution, ils ne seront passés qu’entre des mains expertes et rigoureusement professionnelles.
Mais le droit à l’éducation de qualité, c’est aussi le droit à un personnel enseignant qualifié. En cette année électorale et alors que tous nos candidats déclinent leurs propositions, il me semble important de les interroger sur le sort que notre pays fait aux personnels de l’éducation depuis des décennies. Un tiers de ce personnel (37%), la composante dite d’appui, est traité comme des esclaves : sans statut, sans contrat, sans immatriculation à la sécurité sociale, avec une rémunération souvent inférieure au SMIG. Le reste reçoit une formation initiale d’une qualité discutable, et ne bénéficie pas d’un véritable plan de formation continue. L’enseignement est ainsi devenu au fil des ans un vaste lieu de transit vers des secteurs plus sécurisés et épanouissants, ou une zone grise dans laquelle tous les trafics sont non seulement permis mais organisés. Devons-nous continuer à jeter nos enfants dans un tel enfer ?
Vous, messieurs qui aspirez légitimement à diriger ce pays au lendemain du 7 octobre 2018, que peuvent attendre de vous la communauté éducative en général et les enseignants en particulier ? Faut-il préciser que tous les syndicats d’enseignants ont élaboré un document commun de propositions de réforme de l’éducation qui est disponible depuis février 2017 ?

Roger KAFFO FOKOU, Secrétaire Général du SNAES – Cameroun


WORLD TEACHERS’ DAY October 5, 2018
“The Right to Quality Education
is also the Right to Qualified Teaching Personnel”

This year 2018, the World Teachers’ day specially calls for our attention on the Right to Quality Education. In Cameroon, this call coincides with two major issues.
In many regions of our country, it is no more possible for thousands of children to simply enjoy the Right to education. The incapacity of politicians to respond to an evolving crisis with a truly inclusive dialogue has turned our English-Speaking Regions into education deserts for two long years, and progressively into a useless and costly civil war front.
In another frame, here we are in a school resumption in which the contents of the textbooks made available to our children seem to have been elaborated with evident loose attention that invites criticisms, causes scandals and provokes interrogations and disappointment. For years now, the issue of the quality of the school textbooks has been raised in Cameroon in a more and more acute tone, without leading to any adequate answer. The problem of the quality of education in this context takes its full meaning because, undoubtedly for the first time in a long while, it implies the quality of the society in which we are living and shall live in the coming years: a society that is partly illiterate from the war escapees, and partly destroyed by all sorts of deviant behaviors
For all these past years, we have not stopped repeating this:” Education, if not of good quality, can be more dangerous than an absence of education”. On this 05 /10/2018, we should add to this plain truth that there is no true exercise of the right to education when the education itself is not of good quality and when for one reason or the other, education progressively becomes deformation, it is proportionally a violation of the right to education. When such a tool as essential as the school textbook introduces millions of youths to inadequate content which is dangerous for the security, the health and finally the moral and physical survival of the society, it can only be construed as programmed collective suicide, actively or passively put in place. So we clearly state that school textbooks should be above all suspicion because from their design to their consumption through their production and distribution, they should only pass through expert and rigorous professional hands
Yet, the Right to Quality Education is also the Right to a Qualified Teaching Staff. In this electoral year with all our candidates presenting various proposals, it seems important to me to question them on the fate that our country has reserved to education personnel for decades. One third of these personnel (37%), the so called support staff, are treated like slaves: without status, without contracts, without social security coverage, with a salary often below the Lowest Minimum Salary bar. The remaining personnel receive initial training of a questionable quality, and do not benefit from a veritable In-service training plan. The teaching field has become through the years, a vast transit-milieu for more secured and pleasant sectors, or, a grey zone in which all kinds of traffickings are not only authorized but are also well organized. Should we keep on throwing our children into such a hell?
You, Gentlemen, who legitimately aspire to govern this country after October 07th, 2018, what can the education community in general and teachers in particular expect from you? Should we emphasize here that all teachers’ trade unions in Cameroon came together and elaborated a common vision proposing reforms in education and the document is available since February 2017?
Happy Teachers’ Day 2018!

Roger KAFFO FOKOU, Executive Secretary General of SNAES – Cameroon