La Lettre hebdomadaire du SNAES n°14 sur la Covid-19 : EXAMENS 2020 SANS COVID-19 : À quelles conditions ?

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 Camarades, collègues,

Avant toute chose, permettez que je vous présente la situation actualisée de la covid-19 au Cameroun et dans le monde. Au Cameroun, nous en sommes pour l’instant à 12 592 cas testés positifs, 10 100 guéris et 313 décès. Dans le monde, une explosion de contaminés aux Etats-Unis, en Amérique Latine, et en Russie. Au total, la planète compte à ce jour 10 653 987 cas positifs, 5 442 749 guéris, 514 697 décès. Même en Chine où l’on croyait la pandémie contrôlée, l’on est aujourd’hui à 85 227 cas testés positifs. Des reconfinements partiels ou totaux se dessinent ici et là. Pourquoi vous rabâcher ces données que vous avez sans doute déjà ou que vous pouvez trouver vous-mêmes avec un minimum d’effort ? Par catastrophisme ? Certainement pas. Mais nous devons arrêter de penser et de croire que nous, en Afrique, au Cameroun, pour une raison inconnue ou vaguement connue, sommes dans l’œil du cyclone.

Depuis la reprise des classes, très peu de cas de contaminations – une douzaine – ont été constatés sur l’ensemble du territoire aussi bien chez les élèves que chez leurs enseignants. Voilà une vraie bonne nouvelle, indiscutablement. Si l’on pouvait ainsi figer le temps, ce serait très bien : ni enfer, ni paradis. Juste une sorte de nulle part qui peut inspirer tous les sentiments. Qu’en est-il jusqu’ici résulté ? Un retour de confiance salutaire pour l’école chez les élèves, leurs parents et les enseignants. Mais nous avons aussi constaté des signes évidents de relâchement un peu partout. Et là, c’est beaucoup moins positif, croyez-moi.

La plupart des élèves ont tenu jusqu’ici, bravo ! Mais ils sont en train de se relâcher. La grande majorité des enseignants a fait un travail remarquable jusqu’ici, mais certains commencent à croire qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Comme autour d’eux personne n’est tombé officiellement malade de la covid-19, ou n’en est mort, beaucoup finissent par se convaincre qu’il y avait plus de peur que de mal. Et la tentation de se laisser aller, de temps en temps d’abord, puis complètement, commence insidieusement à prendre le dessus. Si les enseignants cèdent, comme des digues épuisées, la marée de leurs élèves va dévaler, et tout balayer sans doute sur son passage. Il faut donc continuer à veiller, sans la moindre relâche, pour continuer à sauver des vies. Nous l’oublions pas, en nous souciant de sauver la vie de l’autre, nous sauverons plus sûrement la nôtre.

Au cours du concours d’entrée en sixième qui vient de s’achever, l’immense majorité des acteurs ont été impeccables. Il faut les féliciter. L’on a pu tout de même constater un certain nombre de dysfonctionnements dangereux pour la santé individuelle et collective. Certains enseignants n’ont pas voulu enfiler les gants distribués pour les protéger d’éventuelles contaminations émanant des copies, ou protéger les copies d’éventuelles contaminations provenant d’eux, tous les cas de figure étant possibles. D’autres encore n’ont pas hésité à emprunter ou prêter stylos et autres accessoires de correction. La correction comme phase d’examen est un travail à la chaîne et ce faisant, ces enseignants-là se sont exposés et ont exposé les autres maillons de la chaîne. Pour les examens à venir, il serait souhaitable qu’ils reviennent à l’orthodoxie des mesures de lutte contre la covid-19. Comment convaincre le gouvernement d’assurer la disponibilité de ces outils de lutte si le rapport qu’il reçoit dit que les enseignants ne semblent pas en avoir besoin ?

Au-delà des examens, il y aura l’année scolaire 2020-2021. Son train entrera en gare en octobre 2020, avec dans ses bagages des défis énormes. Des classes à 25 élèves, des établissements à double mi-temps, des stratégies en présentiels combinées aux non-présentielles, des besoins en forte hausse d’enseignants dans une éducation publique traditionnellement en pénurie mais également dans un secteur privé éducatif habituellement emprunteuse d’enseignants du public… Ces problèmes n’ont leurs solutions ni au MINESEC, ni au MINEDUB, au MINESUP, ni au MINEFOP. Ces solutions se trouvent au Premier Ministère parce que conditionnées par un (re)déploiement budgétaire. Faudra-t-il des salles de classes de « campagne » comme cela a été le cas pour les hôpitaux ? Cela nécessitera de dégager un budget. Faudra-t-il des enseignants supplémentaires ? Combien ? Seront-ils recrutés ou faudra-t-il négocier avec les enseignants en place des solutions à court terme ? Il faudra dégager un budget pour cela. Et ainsi de suite. Le Chef du Gouvernement doit d’ores et déjà se pencher sur ces questions, pour bénéficier pleinement du trimestre de répit qu’il a devant lui.

Une dernière chose : en pensant aux solutions pour la rentrée scolaire 2020-2021, nous ne devons pas oublier qu’une nouvelle ère vient de s’ouvrir pour la planète : l’époque des pandémies. Celle de la covid-19 sévit encore que l’on en annonce déjà une possible autre. Les choses ne seront peut-être plus jamais comme avant. Alors, notre école ne doit plus jamais redevenir comme avant. Voilà ce que le SNAES avait à vous dire cette semaine.

Un pour tous, tous pour un !

Yaoundé le 02 Juillet 2020

 

                                                                                                                                         Le Secrétaire Général

                                                                                                                                        Roger KAFFO FOKOU