Rentrée pédagogique 2018 au MINESEC : questionner l’APC ou ne pas le faire ?

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La rentrée pédagogique solennelle du MINESEC a réuni pendant deux jours, les 12 et 13 septembre 2018 au Palais des Congrès de Yaoundé, le gratin pédagogique du secondaire et quelques grosses pointures du supérieur : les professeurs Félix Nicodème Bikoï et Mballa Ze. Organisée sous la houlette du Pr Catherine Awoundja Nsata, Inspecteur Général des Enseignements au MINESEC, cette rencontre a été entièrement consacrée à l’appropriation de l’Approche par compétences (APC) par les différents maillons de la chaîne pédagogique du secondaire.
La première journée s’est structurée autour de 3 activités : l’exposé inaugural du Pr Nsata, une table ronde modérée par le Pr Mballa Ze et qui a permis d’en savoir plus sur l’APC, son historique, l’évaluation de ses acquis, et les astuces utiles en situation de classe ; enfin des travaux en ateliers. La deuxième journée, sur le prolongement de la première, a permis d’achever les travaux en ateliers puis d’en débattre les rapports en plénière.
Au-delà des nombreux questionnements portant sur les aspects techniques et pratiques de la mise en œuvre de l’APC que cette rencontre a permis d’aborder et pour lesquels des solutions ont pu être esquissées, ces deux jours ont soulevé nombre de préoccupations auxquelles les décideurs devront apporter des réponses pour rassurer.
Quels sont en effet les enjeux de l’APC et est-il normal qu’il n’y ait pas eu jusqu’ici de véritable débat, ni avec la communauté éducative ni même entre les spécialistes sur la pertinence stratégique du choix de la mise en œuvre de cette approche dans notre pays ? Quand on sait les connexions entre l’APC et certaines théories en vogue au début du XXe siècle dont l’exemple type est le taylorisme, théories qui s’appuient sur des aspects du behaviorisme, sur l’empirisme, le (socio)constructivisme pour essayer de mettre en place une ambition de reconstruction de l’humain dans une perspective productiviste marchande, il peut apparaître surprenant que notre société choisisse de faire l’impasse sur le débat de celles-ci tout en sachant que ce débat a eu lieu un peu partout ailleurs et qu’il n’est point achevé. En adoptant une posture de fonctionnaire loyaliste qui se borne à exécuter les choix des politiques, les pédagogues de chez nous ne sont-ils pas en train d’abdiquer leur statut d’experts et par conséquent de manquer à leur obligation d’information et d’éclairage des décideurs ?
L’autre préoccupation, intimement liée aux problématiques de la formation initiale et continue des enseignants, interroge cette curiosité qui veut que plus de quatre années après l’adoption officielle de l’APC dans le secondaire (dans le primaire, la Nouvelle Approche Pédagogique qui, en raison de ses caractéristiques, en est l’équivalent, est déjà vieille) et alors que la première cuvée du BEPC APC est sortie, les ENS continuent de sortir des enseignants inaptes à la mise en œuvre desdites méthodes. Cette déconnexion entre le supérieur et le secondaire dans le cadre de la formation initiale des enseignants du secondaire sert-elle l’éducation ?
Dans son allocution de clôture, le Pr Nalova Lyonga, Ministre des Enseignements Secondaires, a beaucoup insisté sur la nécessité pour les enseignants, où qu’ils soient, à mettre en œuvre les APC pour assurer le succès de leurs élèves, ou à quitter ce métier. Cette exhortation se heurtera certainement au haut mur des déficits en tous genres : effectifs inadéquats dans les salles de classe, non ou sous-équipement des campus scolaires, absence de véritable mise en place des savoir-faire chez les enseignants (ne pas confondre inaptitude et mauvaise volonté), auxquels viendront s’ajouter d’autres formes de démotivation liés au brouillage des horizons de carrière des uns et des autres. De nombreux candidats continuent de frapper à la porte de l’enseignement il est vrai, mais parmi eux, combien de chasseurs de matricules qui seront six mois plus tard partis voir ailleurs ? Combien de véritables enseignants ? L’éducation est devenue depuis belle lurette un vaste terrain de transit pour d’autres secteurs plus attrayants. Cette situation peut perdurer et pourrir, ou changer. Ce ne sont pas les mots, mais les actes qui le détermineront.

Roger Kaffo

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