BAFOUSSAM : une enseignante molestée devant ses élèves par un homme en tenue

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Dans la journée du 19 septembre 2019, l’école publique du garage militaire de Bafoussam a été le théâtre d’une scène de violence rare et intolérable. Selon des informations recueillies sur place, un sous-officier de l’armée, Djouledem Moïse ou Boris, adjudant au 6e bataillon, aurait fait irruption, en compagnie de son épouse, dans cette école. Laissant sa femme, probablement au guet sur la cour, il se serait dirigé vers la classe de CE2 que tiendrait Mme Teualem Louisette, et que fréquenterait son rejeton. Et sans autre forme de procès, il se serait mis à molester cette dernière. Voyant que sa collègue risquait d’être étranglée à mort, une autre enseignante aurait tenté de s’interposer et se serait vue à son tour prise à partie, à son tour molestée. Même la directrice de l’école intervenant n’a pas eu droit au respect de notre sous-officier.
Au moment où nous publions ces lignes, dame Teualem Louisette serait hospitalisée dans un établissement sanitaire de la ville Bafoussam, en soins intensifs. Même s’il était intervenu en qualité de sous-officier de l’armée, M. Djouledem aurait malgré tout violé l’article 27 de la loi N° 98/004 du 4 avril 1998 d’orientation de l’éducation au Cameroun qui dit que :

« (1) L’enceinte d’un établissement d’enseignement est inviolable.
(2) Les chefs d’établissement scolaire sont responsables du maintien de l’ordre dans leur établissement.
(3) L’intervention des forces de l’ordre ne peut y avoir lieu que sur réquisition expresse du chef d’établissement. »

En outre, même s’il est admis que la brutalité fait partie des comportements les plus attendus de la part des membres des forces armées, on atténue souvent cela par l’existence d’un code d’honneur qui serait la caractéristique du corps des officiers et sous-officiers de l’armée, et qui justifie l’admiration que suscite ce grand corps de l’Etat. Quand des membres de cette hiérarchie-là s’illustrent aussi négativement de manière impunie, ils abîment un contrat de confiance qui unit l’armée à son peuple et cela peut aller très loin. Ce n’est pas la première fois, dit-on, que des enseignants de cette école, adossée au Camp militaire, serait victimes des brutalités des locataires de ce camp.

Cette situation s’inscrit malheureusement dans un contexte où une liste de plus en plus longue d’enseignants camerounais se retrouvent de plus en plus victimes de violences multiformes : menaces de la part d’autorités administratives comme c’est le cas à Manjo ces jours-ci, de groupes armées dans le NOSO comme c’est le cas depuis hier avec l’enlèvement de l’épouse de M. SEMMA Valentine, SG Exécutif du Cameroon Teachers’ Trade Union, ou de la décapitation il y a quelques temps du regretté VOUNTAI VOUNDOU Olivier.

Chez les enseignants, cet acharnement inexpliqué commence à susciter la révolte et il est plus que temps que des mesures soient prises pour rassurer la communauté de ceux qui ont en charge l’éducation de notre jeunesse.

Roger Kaffo Fokou