Par ASSOAH ETOGA Roland, Rédacteur

 

En cette année scolaire 2018-2019 le Ministère des Enseignements Secondaires par le communiqué N° 71/18/MINESEC/CAB du 28 août 2018 informait la communauté éducative et le grand public en général que le paiement des frais exigibles et d’examen serait uniquement fait par l’intermédiaire de l’un de ses partenaires : CAMPOST, Orange Money, MTN Mobile Money et Express Union. Le but de cette manœuvre était, disait-on, de contrôler les effectifs, de mettre de l’ordre dans la gestion financière chaotique qui avait cours jusqu’ici dans les établissements scolaires. La pédagogie qui prévalait auprès des chefs d’établissements était de faire ouvrir le cas échéant, des comptes trésors dans lequel seraient virés les frais d’inscription des élèves, déduites des différentes quotes-parts régulièrement reversées au ministère pour des usages divers. L’opération malgré les critiques, s’est déroulée tant bien que mal, avec au passage une commission pour ces partenaires chiffrée à plusieurs centaines de millions. Les chefs d’établissements se sont conformés à la décision de la hiérarchie même si celle-ci viole le décret N°2001/041 sur les attributions des agents financiers, et se sont mis dans l’attende du reversement desdits frais dans leurs comptes trésors pour assurer le fonctionnement de leurs établissements. Aujourd’hui encore, ils sont dans l’attente de ce reversement qui tarde toujours à s’opérer, et qui paralyse les établissements et dans la volée, le volet pédagogique.

Nous sommes au terme de la première séquence, et dans certains établissements l’heure est à l’improvisation et à la précarité, à un retour à l’âge de pierre. Les enseignants, les élèves et les parents ne savent pas vraiment comment faire pour s’en sortir et mener à bien les évaluations. Certains chefs d’établissements nous rapportent qu’il y a une incompréhension généralisée autour du reversement des frais dans leurs comptes. Les fonctionnaires des finances disent ne pas avoir reçus des instructions relatives à ces comptes. Ils n’ont pas d’informations à propos. C’est ainsi que des informations recueillies sur le terrain, on assiste à des pratiques d’un autre siècle : les chefs d’établissements faisant recours aux APEE pour avoir de la craie et du petit matériel, modifiant par là même leurs projets et leurs programmations budgétaires ; des enseignants qui demandent aux élèves de cotiser pour multiplier les épreuves, en parfaite violation des instructions contenus dans la circulaire N°21/11/C/MINESEC/CAB du 27 Juin 2011 ; les enseignants qui recopient les longs devoirs remplis de schémas complexes au tableau ; les censeurs qui impriment les devoirs sur des papiers brouillons, et la liste est loin d’être exhaustive. Comment, dans ces conditions, les travaux pratiques vont-ils se dérouler dans l’enseignement technique et professionnel ? Les TP dans les disciplines scientifiques ? Quelles acquisitions pour les bibliothèques, pour les pharmacies et autres besoins ? Quelle place pour le matériel didactique ? En attendant c’est l’école qui en prend un coup, les évaluations ne sont plus objectives, les cours selon le modèle de l’APC ne sont plus dispensés faute de matériel didactique.

Si la situation perdure, le pire est à venir, les projets d’APEE de certains établissements seront profondément modifiés, les vacataires risquent par conséquent de cesser le travail par défaut de salaire, les travaux pratiques ne se feront pas régulièrement et la professionnalisation des enseignements est entrain de prendre un coup dans les lycées techniques.

Nous souhaitons vivement que les ministères responsables de ce désordre, le MINESEC et le MINFI, se concertent pour lever cet imbroglio qui est de nature à réduire la portée des efforts consentis par les enseignants. Ce désordre n’est pas en faveur de conditions idéales pour une école de qualité. Nous invitons le gouvernement à traiter ce problème avec diligence et sérieux. Ce n’est pas avec l’éducation qu’il faut s’amuser, il y va de l’avenir de notre nation.