LE ROLE DE DE L’INTELLECTUEL ET DE LA JEUNESSE EN SITUATION DE CRISE: CAS DU CAMEROUN

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À l’occasion d’une formation en Leadership le samedi 06 avril 2019 à la Fondation Friedrich Ebert, j’ai rencontré le Docteur Richard Makon, _PhD en droit, Leader d’opinion, Communicateur compétent, Auteur, Expert-Consultant en Leadership.

Il nous a accordé une interview magnifique.

Fokou Kodjo_

Bonjour Dr Richard Makon, merci de nous accorder cet échange sur quelques sujets qui nous tiennent à coeur concernant notre pays.
Vous êtes un leader et un INTELLECTUEL dont les opinions sont désormais scrutées, attendus du fait de la rigueur de vos analyses et de la justesse de vos points de vue
Le Cameroun est aujourd’hui traversé par différents intégrismes notamment religieux, communautaristes, tribalistes et même une crise de confiance d’une partie du peuple face à l’ordre gouvernant; devant une telle situation, quelle doit être l’attitude de l’INTELLECTUEL?

Merci pour cette question mon très cher. Eh bien, En cas de crise comme c’est le cas dans notre pays aujourd’hui, le rôle de l’intellectuel est essentiel. Celui-ci doit être porteur de lumière car il est porteur de connaissances et les connaissances sont synonymes de lumière.
Comme dans  “l’Odyssée d’Icare”, ici je fais référence à la mythologie grecque,  l’INTELLECTUEL  doit sans cesse  s’élever vers le soleil afin d’illuminer le monde de sa science, une science qui est juste et vise le bien de tous.
En bref, l’intellectuel dans les circonstances de crises, ne peut transmettre que la lumière, il doit proposer des solutions, dire la vérité au pouvoir, à l’opposition et aux autres acteurs sur la scène ; l’intellectuel doit déconstruire et non détruire. Il doit faire une analyse critique des faits et de cette analyse doit jaillir la *lumière qui est l’expression de la vertu.  L’INTELLECTUEL est donc celui-là qui défend les plus faibles face aux puissants; dans notre contexte l’INTELLECTUEL doit constituer un refuge pour les faibles. Son MAITRE-MOT DOIT ETRE LA SCIENCE ET SON SUPPORT LA VÉRITÉ.

Et le rôle de la jeunesse en situation de crise?

Dans les situations de crise, le rôle de la jeunesse doit être décisif. Selon  Mve Ondo ” Chaque jeunesse est une nouvelle génération “_ et aucune jeunesse ne doit être condamnée pour les fautes de ses parents.  Frantz Fanon le disait  ” chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir” ceci dit, la mission actuelle de la jeunesse camerounaise est lourde de sens: CONSTRUIRE L’UNITÉ DU PEUPLE ET DE NOTRE SOCIÉTÉ AU DELÀ DE TOUS LES PARTICULARISMES.

Voilà donc décliné l’impérieux devoir qui est celui de la jeunesse aujourd’hui, c’est d’abord elle qui est victime des enrôlements dans les groupes armés, c’est encore elle qui combat dans l’armée régulière, c’est toujours elle qui souffre le plus des conséquences des différents maux de notre société./br
Les parents ont lamentablement échoué, il revient donc à la jeunesse de construire des synergies interpartisanes et transpartisanes pour construire cette NATION. Les jeunes ne seront pas excusés s’ils ne réussissent à cette mission. Voilà le défi que doit relever la jeunesse camerounaise d’aujourd’hui mais seulement, on doit se poser une question essentielle actuellement,  est-ce que cette jeunesse est en CAPACITÉ de relever ce défi? bien évidemment non à l’état actuel, il est donc impératif de  capaciter notre jeunesse,  elle doit être formée au  LEADERSHIP, aux principes révolutionnaires et au sens du sacrifice commun.
Dans un contexte extraordinaire, notre jeunesse doit cesser d’être une jeunesse ordinaire pour constituer une communauté de changement, pour cela il faut lui donner les outils de la revendication, les outils de la révolution et pour cela, elle doit travailler afin d’être en mesure d’avoir des dispositions pour.

Docteur, quelles sont les grilles de lecture qui peuvent permettre au commun des Camerounais de comprendre ce qui est aujourd’hui appelée la crise anglophone au Cameroun ?

La crise anglophone est premièrement, une crise de Leadership, deuxièmement, une crise de la gouvernance politique, et troisièmement, une crise historico-identitaire.
Parlant de la crise de leadership, il faut remarquer qu’ici des leaders ne sont pas nés pour fédérer les populations vers un objectif commun de vivre ensemble.  L’ordre gouvernant, les partis politiques, les associations n’ont pas réussi à dépasser leurs oppositions, leurs divergences pour comprendre l’intérêt supérieur de la Nation;
Tout le monde demeure dans le sectarisme, l’individualisme, ce qui ne peut nullement faciliter la construction d’une Nation.

La crise anglophone traduit également le déficit de l’ordre gouvernant actuel.  Il n’a pas su construire le consensus et le compromis politiques où tout le monde doit désormais faire des concessions.
Enfin, la crise anglophone est une crise historico-identitaire dans la mesure où notre parcours historique en tant que Nation n’a pas été pacifié, la mémoire collective n’a pas été constituée. Les Bassa continuent de penser le Cameroun en tant que Bassa, les Beti, les Ntumu, les Peuls où les Bamiléké ne le pensent pas différemment. Il n’y a donc pas une communauté de vie, ni de destin et cela fait en sorte que l’identité camerounaise soit fragmentée. Ainsi, nous devons passer de  l’ipséité à l’altérité; l’ipséité étant ce que je suis, individuel, distinct des autres; l’altérité, c’est ce que je suis par rapport aux autres. C’est donc cette attitude à intégrer l’autre dans son projet qui permet de construire une identité commune.
Chaque communauté camerounaise fonctionne comme si elle n’avait ni de  liens, ni de liants avec les autres. Chacune d’elle jusqu’ici, est restée de son côté. Il faut donc construire un en commun  qui permet de bâtir une mémoire communautaire, une identité nationale.

Merci Dr pour cette belle leçon sur la construction du vivre-ensemble au Cameroun. Mais seulement, la crise anglophone qui vous a donné l’occasion de nous faire cette leçon, comment on en sort actuellement ?

Dialogue; Consensus; Compromis.
La paix ne peut arriver que si l’on se parle, que si l’on se comprend.
Toute crise ne s’achève que là où elle n’aurait jamais dû commencer, c’est-à-dire  autour d’une table. C’est une vérité historique. Prenons le cas des guerres mondiales ou même plus proche de nous, le cas du conflit de Bakassi, malgré le verdict de la Cour Internationale Justice, nous avons eu Greentree.

MERCI Dr pour votre disponibilité

 

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