Les Animateurs Pédagogiques (AP), ces maîtres d’œuvre qui travaillent au noir.

Roland ASSOAH Syndicaliste/SNAES

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C’est sous le joug d’une réglementation pour le moins obsolète que travaillent sans acte de nomination valide et sans rémunération, les Animateurs Pédagogiques. Une violation des droits dus à ces valeureux pédago-didacticiens, orchestrée par l’usage abusive des termes de la Circulaire N°32/09/MINESEC/IGE du 07 septembre 2009, dont certaines dispositions sont contraires au Décret présidentiel N°2012/268 du 11 juin 2012 portant organisation du Ministère des Enseignements Secondaires. Dans un pays de droit comme le Cameroun, ceci constitue une hérésie. Un décret présidentiel ignoré au profit d’une circulaire qui lui est antérieure de 3 ans !
Si au cœur de l’enseignement, lieu par excellence de l’éducation, la réglementation en vigueur n’a pas droit de cité, c’est à se demander quelle est la teneur et l’opérabilité des valeurs qui y sont véhiculées. En effet, selon notre enquête sur le terrain, plus de 90% d’enseignants à l’heure actuelle, remplissent les fonctions d’AP sans la moindre note de service de la part des chefs d’établissement les y investissant. Et 100% de ceux qui en ont une, sont astreints aux termes de la circulaire caduque suscitée. Il faut rappeler que les Animateurs Pédagogiques assurent un rôle essentiel au fonctionnement des établissements dont les devoirs sont de :
• convoquer et présider les réunions du Conseil d’Enseignement ;
• suivre l’application des résolutions du Conseil d’Enseignement et les instructions de la hiérarchie ;
• valider et transmettre les rapports d’activités des Conseils d’Enseignement ;
• Vulgariser auprès des enseignants les acquis des formations reçues au cours des séminaires ;
• assister les responsables pédagogiques dans l’élaboration des emplois du temps et le contrôle des progressions des enseignements ;
• préparer les documents et exposés de leurs disciplines à présenter à toute instance pédagogique ;
• assurer la bonne tenue des fiches de collecte exigée par les instances hiérarchiques;
• assurer l’encadrement pédagogique de leurs collègues inexpérimentés en assistant à leurs cours, en les invitants à assister aux leurs et en débattant avec eux sur des thèmes pédagogiques selon leurs besoins ;
• procéder aux inspections-conseils des enseignants de leurs disciplines ou spécialités et en produire les bulletins non chiffrés ;
• collaborer avec les IPN, les IPR et les CP ;
• collaborer avec les autres Conseils d’Enseignements dans le cadre de l’interdisciplinarité et des projets pédagogiques transversaux.

Sans eux, autant dire que les activités d’animation, de concertation et de recherche pédagogiques seraient rendues quasi-impossibles. À ce chapelet de responsabilité s’ajoute un autre, celui consacré à la mallette pédagogique comportant 14 documents exigibles lors de toutes séance de travail. Parmi ces outils, se trouve pourtant en bonne place la décision nommant l’AP. On peut lire dans la circulaire querellée, notamment au titre II-2, que l’AP est nommé par le Délégué Régional des Enseignements Secondaires après visa de son Ministre de tutelle pour une durée de trois ans. Pourtant, le Décret présidentiel mentionné plus haut, en son article 123, confère aux Animateurs Pédagogiques rang et prérogatives de Chef de service Adjoint de l’administration centrale. Cette disposition de la Circulaire a pour effet de priver les AP des avantages dus à leur rang, puisque conformément aux conditions d’octroi des avantages indemnitaires rendues publiques par la DDPP (Direction de la Dépense de Personnel et de la Pension) du Ministère des Finance, pour être valide, la nomination des Chefs de Service Adjoints doit être signée au minimum par le Ministre. Ce qui résulte de cet imbroglio, c’est que les AP à cause d’une règlementation obsolète, travaillent sans possibilité de jouir du moindre droit à la rémunération.
Fort de ce constat défavorable à la justice sociale et au travail décent d’une part, et d’autre part à la vision du SND30 (Stratégie Nationale de Développement 2020-2030) en ce qui concerne la gestion du personnel, le SNAES (Syndicat National Autonome de l’enseignement Secondaire) pense qu’il est temps de mettre fin à ces différents disfonctionnements en restaurant la fonction d’Animateur Pédagogique. Pour que cela soit possible, il suffirait qu’une Circulaire conforme au Décret présidentiel de 2012 règlementant cette fonction et des Décisions ministérielles nommant les AP soient produites par les autorités compétentes.
En attendant que ces droits garantis par le Président de la République soient une réalité, les enseignants pour la plupart, continuent d’être impuissamment assujettis sur le terrain à des promesses de participation aux examens officiels, à des postes de chefs de secrétariat ou de chefs de salle de correction, à des promesses carriéristes ou à d’autres formes de rétributions miroitées par certains chefs d’établissement, conditionnant leur « loyauté », telles des véritables épées de Damoclès. Ces enseignants sont ainsi amenés à travailler au noir, mus par des prérogatives pourtant dues, commutées en faveurs. Une véritable aliénation regrettable du travail d’éducateur.
Il faut que l’enseignant, responsable du Cameroun de demain, soit traité comme un fonctionnaire à part entière et non pas entièrement mis à part. Vivement que la conscience et la responsabilité collectives s’allient pour régler ce problème qui mine le paysage éducatif.