LE MINESEC EN RETRAIT DE LA STRATÉGIE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ?

Roland ASSOAH, Syndicaliste.

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Depuis 2018, les activités menées par le MINESEC en matière de lutte contre la corruption semblent s’amenuiser. Ce constat s’impose si on s’en tient à leur quantité et à leur consistance décroissantes d’années en années, dans le cadre des axes stratégiques préconisés par la matrice globale de la CONAC. Pire encore, pour l’année 2020, on apprend dans le rapport rendu public par cette même commission sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun, que le MINESEC n’a pas pu rendre disponible les informations y afférentes. Un décrochage lourd de conséquence en termes de justice sociale, pour un corps enseignant déjà au bout du rouleau.

Suivant le modèle « PrECIS » adopté par la CONAC pour présenter l’action de la stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption, cinq axes essentiels sont mis en évidence : la Prévention, l’Éducation, les Conditions de travail, l’Incitation à l’excellence et les Sanctions. Malheureusement pour chaque axe, si les objectifs affichés par le Ministère des Enseignements Secondaires ont souvent été plus ou moins louables et ambitieux, les résultats attendus ne se sont pas toujours matérialisés sur le terrain avec évidence. A peine amorcées, les activités destinées à mettre en œuvre ces objectifs disparaissent systématiquement après quelques mois, sans véritablement avoir ni pris corps, ni opérées, comme une simple formalité sans la moindre importance.

Dans le cadre de la prévention, le MINESEC s’était par exemple engagé à assainir les comportements dans la gestion des établissements scolaires (2016) ; instaurer une lisibilité dans la gestion des créations et des ouvertures des établissements scolaires privés (2016) et , à répondre au besoin d’information des usagers (2017) par l’actualisation du Site internet du Ministère, la publication des actes de carrières signés sur le site du MINESEC et la mise en fonction d’un numéro téléphonique pour les dénonciations. Force est de constater que ces objectifs, pour le moins, n’ont pas été pérennisés et les activités traduisant leur mise en œuvre sont passées de 8 en 2018 à un seul en 2019, puis à un nombre indéterminé en 2020.

Pour ce qui est de l’amélioration des Conditions de travail du personnel, il s’agit d’œuvrer à rendre les enseignants moins vulnérables à la corruption. Entre autres objectifs, il était question d’améliorer le processus de mutation et de nomination (2016) ; d’améliorer le traitement des dossiers de carrières du personnel (2016) ; d’améliorer les conditions de prise en charge médicale du personnel (2017) : d’assurer la prise en charge des enseignants en cours d’intégration (2018) et d’assurer le traitement diligent des dossiers de carrière (2018). Une fois encore, ces objectifs n’ont été ni maintenus, ni promus. La quantité d’activités dans cet axe stratégique est passée de 6 en 2018 à un seul en 2019, puis inconnue en 2020.

Il en est de même pour tous les autres axes stratégiques. Les sanctions hors examens officiels sont passées de 102 en 2018, à 14 en 2019, les activités incitatives destinées à récompenser et à motiver le personnel du MINESEC étaient de 7 en 2018 pour complètement disparaitre en 2019 et enfin, les activités éducatives sont aussi passées de 3 à 2. On constate par exemple la rareté des lettres de félicitation, la disparition du prix de l’excellence et le manque de sérieux dans l’organisation des Palmes Académiques pour ne citer que cela.  Il est donc évident que la dynamique impulsée par la CONAC ne raisonne plus tout à fait au MINESEC, avec en 2020, une absence de redevabilité. Pourtant, sous l’impulsion du Ministre, la Commission Ministérielle de Lutte Contre la Corruption du MINESEC, créée en 2005 s’était engagée dans un vaste combat multiforme visant entre autres les irrégularités dans le recrutement des élèves, les malversations financières, la mauvaise gestion des Associations des Parents d’Elèves et Enseignants(APEE), le monnayage des actes de carrière, les établissements clandestins et les chantiers abandonnés.

Avec le climat social très tendu compte tenu de la dégradation des conditions de travail des enseignants, notamment : le traitement opaque des actes de carrières, des mutations, des salaires des enseignants nouvellement pris en charge, des indemnités dues lors des examens officiels, les convocations abusives des enseignants pour les besoins de l’administration, une gestion chaotique des recrutements des vacataires et des personnels d’appoint sans contrats de travail décent; il est étonnant de voir que les activités menées par le MINESEC par rapport à la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption ne suivent pas une trajectoire cohérente, dans un désarrimage stratégique incompréhensible. L’absence de redevabilité du Ministère éducatif mise en évidence par la CONAC pousse à s’interroger sur le message que ce premier veut émettre en destination de son personnel déjà aux abois.

Le Ministère des Enseignements Secondaires se doit de remonter la pente avec la reprise de ses activités anticorruptions. Il ne saurait avoir une excuse à ce décrochage, tous les autres ministères dans le même environnement conjoncturel ont fait montre de « redevabilité » vis-à-vis de leurs activités contre la corruption. Si dans un ministère en charge de l’éducation la stratégie nationale de lutte contre la corruption n’est pas strictement suivie et avec la manière, c’est l’éducation des jeunes camerounais qui baignera dans un environnement qui démotive leurs guides tout en les exposant à la corruption et à l’asservissement. Il s’agit là du meilleur moyen de corrompre l’éducation des apprenants, en avilissant leurs perceptions vis-à-vis des valeurs sensées promouvoir l’intégrité. Stanislas Leszcynski le disait si bien : « l’exemple est un grand maître, il faut savoir le suivre pour pouvoir le donner ».