La Lettre hebdomadaire du SNAES 6 sur le Covid-19

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Image Fraternité Matin

Camarades, collègues,

Notre pays entre dans sa 8e semaine de Covid-19 si mes comptes sont bons. Près de 1500 testés positifs, mais aussi, et c’est un soulagement, près de la moitié des cas guéris et sortis de quarantaine ou d’unités de prise en charge, moins d’une centaine de décédés. Pour l’instant, le pays n’est pas débordé et les digues mises en place, si rudimentaires paraissent-elles, semblent tenir. Il faut s’en réjouir mais sans triomphalisme irresponsable. Le risque de démobiliser une population qui a du mal, faute d’accompagnement, à respecter les mesures barrière est trop grand. Malgré les apparences, nous sommes dans une situation précaire d’infrastructures et d’équipements et nous ne pourrions pas faire face à une véritable montée en puissance de la contamination.  Or cette  montée en puissance ne peut pas encore être écartée au stade actuel.

En effet, nombreux sont encore les Camerounais qui ne respectent aucune des mesures édictées par le Gouvernement. Certains par insouciance blâmable, beaucoup faute de moyens. Les masques sont difficilement trouvables en pharmacie et dans la rue. Et quand on en trouve, ils sont au-dessus du budget journalier du Camerounais ordinaire. Rappelons que plus de 8 millions de nos compatriotes vivent avec moins de 1000FCFA par jours. Il est donc temps de déployer véritablement les mesures d’accompagnement annoncées, pour pouvoir exiger l’application rigoureuse des mesures barrières édictées. Il est aussi temps de passer à un dépistage de plus grande ampleur, pour avoir une idée plus précise de la cinétique de la propagation de la maladie. De trop nombreuses personnes, qui se sentent dans un état suspect, continuent à être repoussées par les unités de prise en charge. Nous ne devons pas nous laisser aller à une situation où nous aurons à dépister plus de morts ou de moribonds que de vivants.

Sur le front de l’école qui s’ouvre bientôt si les dates sont maintenues, de nombreuses inconnues persistent. L’une d’entre elles porte sur la forme que prendront les évaluations d’éducation physique et sportive aux examens officiels. Qui en décide ? Le ministère des sports et de l’éducation physique a-t-il son mot à dire sur la question et l’a-t-il déjà dit ? Les incertitudes sur la situation virologique des jeunes par rapport à ce virus – naturellement épargnés ? asymptomatiques ? contagieux ou pas ? jusqu’à quel âge ? – obligent à beaucoup de prudence de la part des décideurs. On sait qu’il existe une épreuve écrite et des épreuves pratiques d’EPS. En fonction de la réalité de la pandémie  au moment de l’évaluation, il faudra peut-être choisir entre les deux types d’épreuves. Et ne serait-ce que pour cela, il est grand temps d’informer les élèves de cette éventualité si on l’estime envisageable. Le déroulement des autres épreuves aux examens officiels ne se fera pas non plus sans problèmes.

En cours de déconfinement, le pays ne sera pas encore à l’abri d’une rechute, d’une seconde vague, à moins que d’ici là, le protocole annoncé par le MINSANTE mais non dévoilé n’ait permis de mettre en place un déconfinement général. L’Afrique propose d’ailleurs de nombreux protocoles de soins produits sur le continent auxquels nous devrions nous intéresser. Dans l’hypothèse pessimiste, il faudra pour les examens officiels 2020 plus de salles de composition, plus de surveillants de salles et de secteurs, plus de procédures. Les surveillances exposeront les candidats et les enseignants à tous les risques, les corrections peut-être davantage en raison de la difficulté à décontaminer le matériel de composition. La décontamination des sites de composition et de correction devra être très stricte, les procédures soigneusement étudiées pour limiter les contacts et les possibilités de transmission de virus. Les enseignants et leurs organisations, les parents d’élèves et leurs organisations devront, ensemble ou séparément, veiller à ce qu’aucune négligence ne mette en danger ni les candidats, ni les surveillants et les correcteurs.

Camarades, collègues,

Beaucoup d’entre vous se sont battus ces derniers temps pour adapter vos cours et les mettre à la disposition de vos élèves. Nous voulons vous encourager à continuer cet important travail. Après le Covid-19, ce mode d’enseignement pourrait se développer davantage et il faut d’ores et déjà s’y préparer.

La crise sociale que nous redoutions dans le secteur de l’éducation se met progressivement en place. D’abord dans le secteur public où de nombreux établissements n’ont pas payé les primes de rendement des enseignants. Certains grands lycées de Douala sont sur cette ligne et nous les invitons à régulariser ces situations qui portent sur des montants assez dérisoires. Toujours dans le secteur public qui emploie beaucoup de vacataires et un personnel d’appoint en nombre important, il est de plus en plus question de payer des fractions de salaire, avec l’appui écrit de certaines hiérarchies intermédiaires. Il est souhaitable que la haute hiérarchie du secteur sorte de son silence et donne le cap à suivre dans ces matières.

Dans le secteur privé de l’éducation, il faut rappeler qu’au moment de l’entrée en confinement de l’école, tous les élèves avaient déjà payé leurs frais de scolarité. Les salaires de leurs enseignants ne devraient donc pas souffrir de quoi que ce soit. Or ce n’est pas ce que nous constatons sur le terrain. Ici aussi, des instructions claires et fermes, édictées au niveau approprié, doivent être données.

Enfin, le monde ne va pas s’arrêter avec le Covid-19. Les Palmes Académiques 2020 seront bel et bien attribuées. Peut-être permettront-elles même de célébrer la victoire de notre école sur cette pandémie. La sixième promotion des chevaliers est déjà lancée pour tous ceux qui enseignent effectivement depuis au moins 15 années. Cette année, les chevaliers de la promotion 2015 entrent en compétition pour le graal d’officiers des Palmes Académiques. Pendant ces 5 années de chevalerie, ont-ils dormi sur leurs lauriers ou ont-ils quêté permanemment la performance ? Leurs dossiers sont attendus, et le verdict sera connu le 05 octobre 2020 Journée Mondiale des Enseignant-e-s si le Covid-19 le permet.

D’ici là, camarades, collègues, sauvez des esprits et des vies. Voilà ce que le SNAES avait à vous dire cette semaine.

Un pour tous, tous pour un !

Le Secrétaire Général