LES SYNDICATS D’ENSEIGNANTS FACE A LA PANDEMIE DU COVID-19 : REVUE CAMEROUN, SENEGAL, GABON ET AFRIQUE DU SUD

0
947

Cameroun : les enseignant∙e∙s doivent être plus soutenu∙e∙s dans le développement de leurs compétences à délivrer une éducation à distance de qualité

  • Texte par: Education International
  • Publié: 27.04.2020
  • Dernière édition: 27.04.2020

S’il reconnaît que les enseignant∙e∙s se sont déjà vu offrir des formations de développement de compétences en matières e cours à distance avant même le début de la crise du COVID-19, un syndicat de l’éducation camerounais demande aux autorités publiques de garantir que les éducateur∙trice∙s soient mieux formé∙e∙s dans la conception de cours en ligne. Ils souhaitent aussi que l’enseignement et l’apprentissage à distance puisse se faire dans de meilleures conditions, et que tou∙te∙s puissent y avoir accès à travers le pays.

Concernant l’utilisation des technologies de l’information et de la communication au Cameroun en vue, entre autres, de former les enseignants pour les cours en ligne, Roger Kaffo, Secrétaire général du Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) et Secrétaire général adjoint de la Fédération des Syndicats de l’Enseignement et de la Recherche – une organisation membre de l’Internationale de l’Éducation et à laquelle le SNAES est affilié –, les qualifie de « marginales ».

Améliorer le développement professionnel des enseignant∙e∙s sur les cours en-ligne

Il note qu’avec certains appuis de partenaires extérieurs, quelques formations ont pu être organisées pour un nombre limité d’enseignant∙e∙s bénéficiaires. L’usage de l’outil informatique par les enseignant∙e∙s s’élargit toutefois dans le cadre de l’autoformation grâce aux salles informatiques qui voient progressivement le jour dans les l’enseignement secondaire, mais pas au primaire.

« Malheureusement, les enseignants qui ont surtout des problèmes de survie individuelle ne considèrent pas vraiment comme prioritaire le développement de leurs compétences professionnelles en lien avec l’utilisation des nouvelles technologies dans l’enseignement, » déplore Kaffo.

Il ajoute aussi que « spécifiquement sur les cours en ligne, il y a un travail énorme à faire sur la confiance des enseignants en eux-mêmes, en leurs capacités à produire des cours au bon niveau pour pouvoir les mettre en ligne. »

De même, il explique que les enseignant∙e∙s reçoivent peu d’exemples de cours à distance qu’ils pourraient préparer lors des inspections, et beaucoup sont alors perdu∙e∙s : « C’est un grand handicap pour la préparation et la mise en ligne des cours. Le SNAES a produit, avec l’appui de trois inspections, un document qui propose une vingtaine de plans de leçons modèle aux enseignants. Ce n’est qu’un début, et cette préoccupation devra se travailler davantage si l’on veut encourager avec succès les enseignants à produire et à mettre en ligne. »

Kaffo insiste aussi sur le fait qu’en cette période de COVID-19, Internet reste très inégalement accessible au Cameroun pour de multiples raisons, notamment : le faible équipement en ordinateurs et autres tablettes électroniques, la faible couverture des zones rurales, le faible débit de la connexion et son coût élevé, la faiblesse du réseau d’électrification et la fréquence élevée des coupures d’énergie.

Les enseignant∙e∙s et leurs syndicats doivent être consultés

Tout en admettant que, dans la mise en place des cours télévisés et radiodiffusés dont les enseignant∙e∙s ont bien été informés par courrier le 31 mars, le gouvernement semble avoir pris en compte ces limitations, il regrette profondément que le ministère de l’Éducation de Base n’ait pas consulté les syndicats d’enseignants, ni des enseignant∙e∙s pour la conception de ces cours. Il souligne : « Je ne crois pas que l’on puisse s’adresser efficacement aux principaux acteurs d’une stratégie si on leur parle implicitement. Il faut les interpeller directement. »

Le SNAES a choisi de remédier à cette lacune en interpellant et en sensibilisant directement les enseignant∙e∙s, et cela suscite de plus en plus un débat au sein e la profession sur la question des cours à mettre, non pas en ligne d’abord, mais à la disposition de leurs élèves, note Kaffo.

Garantir l’égal accès de tou∙te∙s à un enseignement de qualité

Il poursuit : « Pour ce qui est de la mise en œuvre des mesures ainsi prises pour la continuation de l’école en période de COVID-19, on peut constater un effort incontestable pour les classes d’examens, très inégalement réparti en fonction des clivages précédemment évoqués. Et pour les classes intermédiaires, il faut dire que la situation n’est pas reluisante. »

Pour lui, ces questions doivent être adressées au plus vite, pour éviter que s’élargisse le fossé de l’inégalité entre jeunes face à l’accès à l’éducation.

 

Sénégal : un terrible impact attendu sur le système éducatif suite à la crise liée au COVID-19

  • Texte par: Education International
  • Publié: 27.04.2020
  • Dernière édition: 27.04.2020

Les syndicalistes enseignant∙e∙s du Sénégal craignent une aggravation rapide de la crise du coronavirus dans leur pays et prennent les devants afin de garantir la sécurité des éducateur∙trice∙s et étudiant∙e∙s, ainsi qu’une continuité éducative.

« Comme partout à travers le monde, la situation créée par le COVID-19 devient de plus en plus inquiétante au Sénégal. Le nombre d’infectés augmente et les cas dit communautaires – aux sources de contamination inconnues – se développent de jour en jour et constituent un danger. Si leurs moyens sont limités, le professionnalisme et le dévouement du personnel médical sont à saluer », souligne Marième Sakho Dansokho, secrétaire générale du Syndicat des Professeurs du Sénégal (SYPROS) et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Éducation.

Une fermeture des établissement scolaires sans concertation avec les syndicats

Depuis l’apparition de la pandémie COVID-19 au Sénégal, le 2 mars, des mesures ont été prises par les autorités publiques et le premier secteur impacté est celui de l’éducation, continue-t-elle : fermeture de tous les établissements scolaires, universitaires et de recherche dès le 16 mars, d’abord jusqu’au 6 avril, ensuite prolongée jusqu’au 4 mai. La reprise des cours dépendra bien sûr de l’évolution de la pandémie dans le pays, indique Sakho Dansokho.

Elle ajoute que « les enseignants étaient en grève lors que la fermeture a été décidée, sans concertation avec les acteurs, peut-être à cause de la surprise COVID-19 et la crainte de sa propagation, mais les syndicats mettent la pression pour que la reprise, si on ne déclare pas l’année invalide, ne se fasse pas sans discussion avec les acteurs, notamment les syndicats. Ces derniers doivent impérativement être inclus dans les débats afin d’assurer une reprise dans les meilleures conditions possibles pour une éducation de qualité. »

Un rôle de veille et d’alerte pour le syndicat

Dans son rôle de veille et d’alerte, son syndicat est en contact avec ses responsables régionaux et locaux, grâce à Internet et aux réseaux sociaux, principalement via un groupe WhatsApp créé pour une information et une interaction rapides.

Il demande aussi à ses membres de :

  • participer à la sensibilisation contre la propagation du virus pour se protéger, protéger ses contacts (enseignant∙e∙s, élèves) et au-delà les populations.
  • maintenir les contacts en ligne, si possible, avec leurs élèves pour éviter qu’ils désapprennent.

Le SYPROS maintient plus que jamais un programme d’acquisition d’ordinateurs au profit de ses membres pour leur développement professionnel, les échanges et la réduction du fossé digital. « Ces outils peuvent être utilisés pour des cours en ligne, en tout cas pour rester en contact avec le syndicat, les collègues et les élèves éventuellement », explique Sakho Dansokho.

Stratégie syndicale post-pandémie

Elle rappelle également que le syndicat a déjà commencé à recueillir les avis de ses membres quant aux stratégies et conditions pour la reprise post-pandémie.

Une réflexion importante a été initiée par le SYPROS sur cette thématique et les questionnements sont nombreux :

  1. Toutes les stratégies mises en place par les autorités de l’éducation (cours en ligne, téléformation) présentent des limites importantes et ne sauraient remplacer les classes. Il existe des problèmes d’accessibilité par la majorité, d’interactivité, de contenus.
    2. Même si l’année scolaire devait reprendre le 4 mai, comment faire avec les infrastructures non adaptées (abris provisoires), avec les milliers d’enfants qui aident les parents dans les champs ?
    3. Comment rattraper le temps perdu pour faits de grève par les enseignant∙e∙s avant l’irruption du COVID-19 et pour cause de pandémie ? Faudrait-il suspendre toutes les revendications des syndicats ?
    4. Comment prendre en compte les enseignant∙e∙s/élèves qui ont pu guérir du COVID-19, mais pourraient bien être stigmatisé∙e∙s ?
    5. Quelles stratégies/dispositions éducatives adopter pour ne laisser personne sur le côté en périodes de catastrophes ?
    6. Le dialogue social doit intervenir, quelles que soient les circonstances. Il en va du respect des acteurs de l’éducation, et, au-delà, de leur engagement et de leur responsabilisation.
    7. Si l’enseignement à distance pouvait être équitable parce qu’accessible à tous et toutes jusque dans les villages, devra-t-il remplacer les classes physiques ? Qu’adviendrait-il alors des personnels de l’éducation ?

« Maintenant comme avant la pandémie, nous mettons tout en œuvre pour assurer que l’éducation reste la priorité et reçoive un financement adéquat, et pour garantir un accès équitable à l’enseignement pour tous et toutes », conclut Sakho Dansokho.

 

Gabon : les éducateur∙trice∙s soutiennent l’initiative gouvernementale pour une continuité pédagogique via l’éducation à distance

  • Texte par: Education International
  • Publié: 23.04.2020
  • Dernière édition: 23.04.2020

S’il∙elle∙s estiment que l’initiative de plateforme XGEST pour l’éducation à distance lancée par le ministère de ‘l’Éducation vaut la peine d’être essayée en période de COVID-19, les enseignant∙e∙s émettent de fortes réserves quant au fait que tous les élèves puissent y accèder. Il∙Elle∙s insistent donc pour un réaménagement de l’année scolaire dès que la situation reviendra à la normale.

Les cours à distance ont démarré le mardi 14 avril suite à la suspension par les autorités publiques des cours sur toute l’étendue du territoire national, en vue de préserver élèves et enseignant∙e∙s des risques d’une propagation certaine, rapide et généralisée du COVID-19 en milieu scolaire. La décision a été prise après des rencontres d’information et d’explications entre les ministres chargés de l’éducation et les partenaires sociaux, à savoir les syndicats d’enseignants et les fédérations des associations des parents d’élèves). L’objectif est de maintenir les élèves en activité et garder le lien avec les familles. Cette phase pilote va concerner dans un premier temps les élèves des classes d’examens, à savoir la 5e année du primaire (CM2), les élèves de 3e et terminale pour le secondaire.

Le Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA) a donné son accord de principe en dépit des insuffisances et de limites identifiées.

« Puisqu’il est question d’occuper les élèves en activité durant la période de confinement et la pandémie du COVID-19, nous ne trouvons pas d’inconvénient à essayer cette méthode de travail, tout en étant conscient que tout le public concerné ne sera pas atteint », a indiqué Fridolin Mve Messa, secrétaire général du SENA.

Il insiste en expliquant que cette expérience du ministère concernant l’enseignement à la maison vaut d’être essayée, mais ne doit pas permettre de valider une année scolaire, seulement garder son but de maintenir les élèves dans l’activité pédagogique. Pour Mve Messa, « les élèves qui ne bénéficient pas de de ces enseignements à distance ne doivent pas être pénalisés lorsque les cours vont reprendre dans les établissements scolaires ».

Le SENA a ainsi émis des réserves : tous les foyers n’ont pas de radio ni de télévision, tous les élèves ne disposent pas d’un outil informatique et toutes les villes ne sont pas connectées à Internet.

Pour ce qui est des canaux et supports de communication à mobiliser pour l’enseignement à distance, Mve Messa cite, dans une lettre adressée aux enseignant∙e∙s et aux membres du SENA en date du 16 avril :

  • La télévision et la radio ;
  • Le réseau internet avec la plateforme du Ministère de l’Education Nationale (XGEST) ;
  • La téléphonie mobile par la création des groupes WhatsApp par établissement et par classe ;
  • La poste pour les supports physiques ; et
  • Le déplacement des personnes (enseignants ou parents d’élèves).

Il rappelle par ailleurs que la démarche ministérielle s’inscrit dans la logique des principes directeurs définis par l’Internationale de l’Éducation sur la pandémie du COVID-19, notamment dans les principes 4, 5 et 6.

Il ajoute que le SENA « estime que le réaménagement du calendrier scolaire reste la seule alternative possible après la sortie de cette crise sanitaire, demande au Ministre d’amorcer la réflexion sur la question avec les différentes composantes, tout comme il lui demande de prendre en compte ses remarques et observations sur l’enseignement à distance ».

Pour plus de sécurité et de prudence, au moment de la reprise effective des cours après le passage de la COVID-19, le SENA exhorte par ailleurs le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires de prévention continue afin de protéger élèves et enseignant∙e∙s en installant des points d’eau et la mise à disposition de gels hydro alcooliques. Le syndicat invite enfin ses membres au confinement et à l’observation des mesures barrières.

 

Afrique du Sud : des mesures sont prises par un syndicat pour assurer la santé et la sécurité des enseignant·e·s et des étudiant·e·s

  • Texte par: Education International
  • Publié: 22.04.2020
  • Dernière édition: 27.04.2020

Confronté à la pandémie du COVID-19 en Afrique du Sud, le South African Democratic Teachers’ Union redouble d’efforts pour maintenir le contact avec les membres du syndicat, assurer la sécurité des enseignant·e·s et des étudiant·e·s face au virus et améliorer l’accès à l’enseignement et à l’apprentissage à distance.

En Afrique du Sud, les écoles, les universités, les établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels et les établissements d’enseignement préscolaire ont été fermés avant que le confinement ne soit imposé par le gouvernement le 26 mars.

Maintenir le contact avec les membres

Depuis lors, le South African Democratic Teachers’ Union (SADTU – Syndicat démocratique sud-africain des enseignants) s’est activement engagé auprès de ses membres. « Nous utilisons notre système SMS pour envoyer à nos membres des informations précises sur la pandémie afin de lutter contre la désinformation et les fausses nouvelles », a expliqué Mugwena Maluleke, secrétaire général du SADTU.

Son syndicat utilise également ses comptes sur les médias sociaux pour publier les nouvelles quotidiennes des autorités sanitaires nationales afin d’aider les enseignant·e·s. Et il a créé un groupe de communicateur∙trice∙s sur une plateforme de messagerie populaire pour envoyer des enquêtes sur l’éducation et les problèmes liés aux virus.

Une équipe syndicale se consacrant au COVID-19 reçoit également des informations sur la pandémie et les partage avec les membres via des messages quotidiens. « L’équipe de la plateforme d’information travaille dur et utilise les outils WhatsApp disponibles pour rester en contact avec les dirigeants et dirigeantes des succursales et des régions », souligne Maluleke.

Dialogue permanent

Le SADTU est également en contact avec la ministre de l’Éducation, Angie Motshekga, pour la conseiller au sujet des besoins des enseignant·e·s et de la planification de la réouverture après le confinement.

« Nous avons expliqué ce qu’il fallait mettre en place à la ministre », a déclaré Maluleke. « Par exemple, nous devons nous attaquer aux classes surpeuplées. En effet, nous avons besoin de plus de classes ou de classes mobiles qui pourraient alors accueillir plus d’apprenants, de manière à ne pas avoir 40 étudiants dans une classe. »

Le syndicat de l’éducation se penche également sur des questions de santé et de sécurité comme la disponibilité de masques, de produits désinfectants et d’eau.

Maluleke est catégorique : l’Afrique du Sud ne peut pas risquer une situation où « environ 15 millions de nos élèves se retrouvent dans des écoles avec des enseignants et enseignantes qui ne disposent pas d’un équipement de protection individuelle adéquat ».

Il a ajouté que « sur une base quotidienne », le syndicat partage les hashtags #StayAtHome et #WashHandsWithSoap sur ses plateformes de médias sociaux. « Nous fournissons aux enseignants et aux élèves des statistiques précises pour garantir leur sécurité ».

Et les dirigeant·e·s syndicaux·ales appellent, envoient des messages et soutiennent les membres victimes du COVID-19, a ajouté le dirigeant du SADTU. « Nous réactivons l’équipe de soutien syndicale que nous avons utilisée pour les conseils en ligne concernant le VIH/SIDA. Nous avons en outre établi un partenariat avec une compagnie d’assurances afin de mettre en place un centre d’appel pour un soutien supplémentaire dans le cadre du programme de bien-être des affiliés du SADTU tout au long de l’année, associé à la clinique mobile du syndicat. »

Accès à l’enseignement et à l’apprentissage en ligne

Toutes les ressources disponibles, ainsi que les leçons quotidiennes à la télévision et à la radio, sont également publiées quotidiennement sur les comptes de médias sociaux du SADTU pour les étudiant·e·s pouvant y accéder. De plus, les membres du SADTU communiquent avec leurs étudiant·e·s via une plateforme de messagerie populaire.

« Les data coûtent cher, mais les enseignants improvisent », a reconnu Maluleke. Cependant, il a également reconnu que le syndicat « avait du mal à atteindre les étudiants dans les zones rurales et les zones d’habitation informelle, en raison de la pauvreté et des mauvaises infrastructures. Des efforts sont faits pour les atteindre par le biais des stations de radio locales. »

Et de conclure : « Les enseignants et les étudiants sud-africains sont chez eux, et nous faisons tout notre possible en tant qu’organisation pour garantir qu’ils ont accès à l’enseignement et à l’apprentissage. C’est, en effet, le moment de la compassion. Et le moment de la solidarité. Nous sommes donc solidaires de toute la population mondiale et faisons de notre mieux pour interrompre efficacement la propagation de ce virus. »