LE BRAINSTORMING, COMMENT BIEN S’Y PRENDRE ? CONSEILS A SUIVRE POUR SE METTRE A LA PAGE ET AMELIORER SES PRATIQUES EN LA MATIERE.

Priscille BABIKOUSSANA, Psychologue de l’éducation. Roland ASSOAH, Conseiller Pédagogique et Formateur Maitre ESFE.

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Qu’avons-nous vu la dernière fois ? Qu’avons-nous dit à propos de ceci et de cela ? Si la révision est essentielle à la régulation rétroactive et à la vérification des pré-acquis, elle n’est pas toujours congrue aux cibles ponctuelles de l’apprentissage. Bien souvent il n’y a pas de lien entre cette activité et la leçon du jour.  Malheureusement, certains enseignants confondent cette pratique avec un brainstorming bien mené.  Le brainstorming est souvent assimilé par certains enseignants à une sorte d’investigation où ils posent des questions fermées aux élèves, à la recherche des réponses précises qui constitueront une partie du corpus de la leçon en cours, ou une partie des objectifs pédagogiques dédiés. Qu’est-ce que ceci ? A quoi sert cela ? citez-moi ceci ou cela ! Une véritable formalité introductive destinée à ouvrir la leçon. Il est intéressant de parcourir certaines hypothèses erronées sur lesquelles se fondent certains enseignants et qui les éloignent d’une pratique plus opérante.

Plusieurs enseignants pensent que :

  • Les élèves ne connaissent rien au sujet de la leçon à venir ;
  • Les enfants n’ont pas le droit d’avoir des attentes personnelles vis-à-vis d’une leçon. Que le programme est déjà assez suffisant pour eux, etc ;
  • Les apprentissages ont moins d’importance que les enseignements : il vaut mieux avoir un cahier de texte et un cahier d’élèves bien remplis plutôt que de faire apprendre. Les inspecteurs ne contrôlent bien que les cahiers, c’est ce qui compte ;
  • S’ils ne grondent pas les élèves pour leurs erreurs, ils continueront à les répéter ;
  • L’éducation se résume aux examens officiels et aux diplômes certificatifs…

Bien souvent ces enseignants confondent les mauvaises réponses à leurs auteurs, et les apprenants le ressentent très bien. En retour, ces derniers assimilent la discipline de l’enseignant aux sentiments qu’ils perçoivent de lui à leur égard. C’est donc sur une base affective que l’enfant s’engage ou non à respecter le contrat didactique dans une aventure cognitive ou motrice.

A l’inverse, il faudrait savoir que :

  • Les élèves, quel que soit leur âge, apportent toujours des connaissances préalables à toute expérience d’apprentissage.
  • Le brainstorming aide à débarrasser les enfants de la peur de l’échec : l’exercice doit présenter un cadre convivial non évaluatif, ce qui assure aux élèves un environnement propice à la confiance. Ils ont moins peur de leurs réponses.
  • Un brainstorming bien mené permet de mettre en place un cadre pour des interactions verticales où les apprenants peuvent mutuellement corriger certaines de leurs lacunes.
  • L’éducation va au-delà des diplômes certificatifs, Il doit nous aider à nous développer en tant que personne. Alors si l’enfant cultive à l’école la peur de donner une mauvaise réponse, en grandissant il risque :
    • De ne jamais prendre le genre de risques qui mène souvent au succès.
    • De voir ses peurs l’empêcher d’apprendre de ses erreurs.
    • D’être effrayé d’essayer des choses.

Une caractéristique commune à de nombreux entrepreneurs qui réussissent est qu’ils ne sont pas freinés par la peur de prendre des risques. Perdre la peur de l’échec est un résultat positif du brainstorming. Un bon brainstorming présente donc le mérite d’être pertinent pour la formation en entreprise des enfants et des jeunes apprenants.

Pour mieux comprendre comment mettre en œuvre une activité de brainstorming, Roland ASSOAH ETOGA, Conseiller Pédagogique et Formateur Maître en Education Sociale Financière et Entrepreneuriale pour le Compte de l’ONG AFLATOUN et du MINESEC, nous donne en trois points cruciaux, quelques conseils à prendre en compte pour un brainstorming.

« Dans une pédagogie centrée sur les apprenants, pour être efficaces, les plans de cours doivent prévoir comme entrée en matière, une activité de brainstorming ou de remue-méninges. Car dans la phase qui consiste à équilibrer les pré-acquis et les prérequis, le brainstorming est un outil d’enseignement et d’apprentissage qui présente de nombreux avantages. Aujourd’hui, rappelons-nous trois d’entre eux. »

  • Le brainstorming permet aux enfants de commencer avec ce qu’ils savent déjà.

« Grâce à André Giordan et la pédagogie allostérique, nous avons appris que c’est à partir de leurs conceptions primitives que les apprenants arrivent à en construire de nouvelles. Il est donc nécessaire de faire avec ce qu’ils connaissent déjà, ou ce qu’ils pensent déjà connaitre, pour les accompagner dans leur développement. L’un des avantages du brainstorming est qu’il permet aux enfants de récupérer des connaissances antérieures, et ainsi, ils auront plus de facilité à comprendre et à retenir de nouvelles idées et informations. Dans une interaction verticale en classe, les élèves pourront ensuite travailler sur le lien commun qu’ils ont avec le sujet d’apprentissage ou le cas échéant, à procéder à une remédiation entre eux. »

Conseil 1 :

« L’enseignant peut donc demander aux élèves de réfléchir deux minutes et de s’exprimer en cinq minutes sur ce qu’ils savent déjà par exemple au sujet de la pollution, de la première guerre mondiale, ou sur l’application des racines-carrées ou de telle autre nouvelle notion sujet de l’étude. Dès que les élèves sont à court de raisons, ils peuvent être invités à examiner la cible de l’apprentissage libellée par l’enseignant ».

  • Un brainstorming bien mené peut aider les enfants a perdre leur peur de l’échec et gagner en assurance.

« Le remue-méninges peut aider les enfants à surmonter leur peur de l’échec.  Les enfants ont souvent peur de donner leurs idées ou leurs réponses, surtout quand l’enseignant leur pose des questions fermées telles que  : quelles sont précisément…, qu’est ce nous avons vue…combien y’a-t-il de… Les élèves ont ainsi souvent l’impression que l’enseignant leur demande de donner la réponse qui lui plairait.  Ainsi, ils deviennent extrêmement prudents dans leur prise de parole. Il est donc une erreur de conditionner les enfants à croire qu’il n’y a qu’une seule réponse correcte à une question car ceci les met sous pression. Il est difficile dans un processus de réinvestissement mémoriel que l’apprenant soit efficace sous pression. Répondre à une question est donc, pour l’enfant, une expérience stressante, pleine de risques et de peur de l’échec, surtout quand les enseignants sont insensibles ou indélicats dans leur façon de conduire le brainstorming. »

Conseil 2 :

« Il est nécessaire d’encourager les apprenants à donner autant de réponses que possible.  Au départ, l’enseignant doit accepter toutes les réponses et les critiques bien formulées, afin de permettre aux enfants de prioriser l’introspection, la mobilisation des idées et leur participation au cours. Les questions doivent avoir une formulation ouverte : Que pensez-vous savoir au sujet de… ? A tour de rôle, l’enseignant doit communiquer avec les élèves en utilisant systématiquement la technique IRF (Initiation de l’enseignant, Réponse de l’apprenant et Feedback de l’enseignant). L’enseignant se doit de recourir à un feedback qui ne frustre pas les apprenants quelles que soient leurs réponses; il pourrait par exemple dire : oui excellent, qui a une autre contribution ? Oui très bien, pourrais-tu nous dire pourquoi ? Ne pas dire : pendant que les autres apprennent toi tu…, Non regardez-moi un Toto, Un idiot ! Non ! C’est faux ! Il faut toujours garder à l’esprit que l’objectif du brainstorming c’est de procéder au réinvestissement mémoriel pour servir de base à la construction du savoir. »

« Pour mener une bonne médiation pendant le brainstorming, l’enseignant se doit entre autres, de garder à l’esprit les principes de comportement suivants :

  • Reconnaitre les efforts des enfants avant d’aborder tout problème avec leurs réponses.
  • Ne pas oublier que si vous contestez leurs réponses, il faut les distinguer des enfants eux-mêmes. (Mauvaise réponse n’est pas synonyme d’élève détestable)
  • Le cas échéant, si l’activité d’apprentissage ne le permet pas, expliquer toujours aux élèves pourquoi une réponse donnée a été incorrecte, il s’agit d’une opportunité d’enseignement. »

 

  • Les élèves peuvent parfois apprendre autant les uns des autres qu’ils le peuvent de l’enseignant et même parfois avec une meilleure efficacité.

« Depuis les travaux de Lev Vygotsky sur la zone de proche développement, de Jérôme Brunner sur l’étayage et ceux de Philippe Meirieu sur les groupes de besoin et  la remédiation, il a été prouvé que les interactions horizontales sont aussi productives que les interactions verticales, voire même complémentaires. Pendant le brainstorming, il faut donc donner le temps aux élèves d’échanger entre eux à deux ou en petits groupes. Cet échange participe du conflit sociocognitif. Les élèves découvrent de leurs camarades des données qu’ils n’avaient pas, ou des réflexions qui étaient à leur portée mais qu’ils ne percevaient pas. Cette démarche offre comme avantage de combler certaines lacunes dans leurs cadres de référence, grâce à l’usage de signifiants empruntés à un réseau sémantique familier. Le langage employé par l’enseignant et ses références sont souvent éloignés de ce que l’enfant peut comprendre.

Conseil 3 :

« Il est nécessaire pour réussir un bon brainstorming, de donner quelques minutes aux élèves pour qu’ils échangent leurs points de vue et discutent ensemble au sujet des convergences et des divergences d’opinions ou sur la complémentarité de leurs informations. Ceci peut leur permettre de lever mutuellement certaines lacunes et barrières. De même, quand les élèves finissent de donner individuellement les réponses, l’enseignant doit consigner les meilleures et les moins bonnes, laisser les élèves échanger  en petits groupes, puis demander aux élèves d’en faire une petite synthèse. Dans le déroulement des activités d’apprentissage, avant la fin du cours, l’enseignant devra aborder le fait que certaines des réponses étaient fausses.  L’enseignant devra commencer à affiner les réponses que les enfants ont suggérées plus tôt, en les aidant à hiérarchiser les bonnes idées et à les distinguer des mauvaises, pour corriger les lacunes si elles ne l’ont pas été lors des interactions horizontales. »

Ces points et conseils essentiels sont d’une importance non négligeable pour réussir une bonne prise en main de l’activité de remue-méninges. Ils ne constituent pourtant qu’un point de départ pour améliorer les pratiques en la matière. Dans le cadre du brainstorming, les formateurs AFLATOUN utilisent des méthodes efficaces qui ont déjà fait leurs preuves à l’international, dans tous les établissements scolaires où le programme fonctionne effectivement. Il s’agit du remue-méninges seul, à deux et en petit groupe ; de la technique de la grille CVA et celle de la carte à grappes. Ces techniques qui offrent un aiguillage didactique et pédagogique aux enseignants, devraient être vulgarisées dans les établissements scolaires de manière à systématiser le brainstorming dans toutes les leçons, dans une pratique bénéfique et opérante pour un meilleur accompagnement des apprenants dans nos écoles.

 

Priscille BABIKOUSSANA, Psychologue de l’éducation.

Roland ASSOAH, Conseiller Pédagogique et Formateur Maitre ESFE.